Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras – janvier 2021

Ce livre a fait l’unanimité bien que nous ayons trouvé l’histoire très triste.

C’est un récit autobiographique dont l’action se situe dans une région reculée de Cochinchine vers 1930. Une veuve et ses deux enfants se battent pour survivre sur une concession qui leur a été attribuée par l’administration locale. Lorsque la mère se rend compte qu’elle a investi ses dernières économie dans une terre qui est régulièrement inondée par la mer et donc incultivable, elle décide de construire des barrages pour retenir l’eau. Lorsque ceux-ci sont emportés, elle plonge peu à peu dans la désillusion et la folie. L’auteure nous fait découvrir un monde cruel dirigé par une administration corrompue. En effet, cette terre n’a pas été attribuée par hasard, mais parce que la mère a refusé de payer des pots de vin aux administrateurs… Le récit nous montre des contrastes flagrants entre colons riches et pauvres, les pauvres ayant recours à la contrebande et même la prostitution pour survivre. Au niveau inférieur, les indigènes sont présentés comme une masse informe et utilisable à souhait.. Immoralité, corruption et désespoir constituent la trame de ce livre qui nous a donné à réfléchir sur les problèmes créés par la colonisation française au dix-neuvième siècle..

Sula de Toni Morrison – Décembre 2020

Sula, de Toni Morrison, n’a pas fait l’unanimité, car c’est un livre qui raconte des évènements très violents, à la limite du sordide, et qui est parfois difficile à comprendre. C’est un conte fantastique qui relate sur une période de plus de quarante ans la vie d’une communauté noire de l’Ohio. Au début du roman, dans les années 20, les Noirs souffrent bien sûr de la ségrégation raciale. Celle-ci va disparaitre au fil des années mais le racisme persistent maintient les habitants de la communauté au plus bas de l’échelle sociale et ne leur laisse aucune chance de jamais s’en sortir. Leurs frustrations et leur colère sont toutefois cachées par une nonchalance et un fatalisme qui s’explique par leur foi en Dieu. Une femme, Sula, réussit à s’échapper et à vivre une existence qu’elle qualifie de libre, puisqu’elle dit et fait uniquement ce qu’elle veut. Ceci est bien sûr très mal accepté par la communauté, car elle fait beaucoup de mal autour d’elle. Etant noire, et femme de surcroît, elle se retrouve seule contre tous mais amène chacun à faire face à sa propre solitude et à son désespoir. Toni Morrison nous peint le portrait de femmes puissantes et soumises à la fois, d’hommes fuyants et absents, d’enfants laissés à l’abandon… Ce n’est pas un livre facile à lire mais il nous fait réfléchir aux problèmes auxquels sont confrontés les Noirs aux Etats-Unis.

Un sac de billes de Joseph Joffo – Octobre 2020

Le livre nous a beaucoup plu, l’histoire d’un enfant de douze ans qui doit se débrouiller seul durant la guerre pour échapper à la folie nazie. Ce livre est d’autant plus touchant qu’il est totalement autobiographique. Il a été écrit trente ans après la fin de la guerre, l’auteur n’ayant pas jusque-là éprouvé le besoin de raconter des évènements qu’il avait tant bien que mal essayé d’effacer de sa mémoire. Nous avons été effarées par le sang froid et la maturité de cet enfant qui va se trouver à bien des reprises en danger de mort. Ce qui nous a étonnées, c’est son aplomb devant l’adversité, son appétit de vivre et surtout son humour ! A aucun moment ce livre n’est triste, car il raconte cette épopée à travers les yeux d’un enfant qui apprend bien vite à s’adapter à toutes les circonstances et qui développe une compréhension unique de la nature humaine… L’épilogue est aussi très intéressant car le récit est maintenant analysé par l’auteur adulte… Un livre que nous recommandons.

Purge de Sofi Oksanen – mars 2020

 

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Ce livre nous a touchés et choqués car il montre ce qui s’est passé dans les pays Baltes lorsqu’ils étaient sous le joug communiste. L’action se situe en 1992 en Lettonie, juste après la chute du mur. Nous découvrons un pays exsangue, ayant perdu toute identité après les occupations successives de l’Allemagne puis de la Russie depuis la seconde guerre mondiale. Nous réalisons que les habitants ont en fait dû subir des décades de torture psychologique et physique dans une atmosphère de folie paranoïaque où personne n’osait exprimer son opinion, même au sein de sa propre famille. Nous découvrons aussi le sort fait aux femmes durant toute cette période : viols afin de terroriser les opposants au régime et leur famille, prostitution et soumission afin de survivre…. Non, ce n’est pas un livre très gai, mais il a le grand mérite de montrer la brutalité du régime soviétique et ses conséquences sur les vies de plusieurs générations, passées et à venir… Glaçant…

 

Désorientale de Négar Djavadi – février 2020

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Le livre Désorientale nous a en général beaucoup plu. Nous avons revu l’histoire de l’Iran depuis la chute du Chah, le retour de l’Ayatollah Khomeini, la guerre avec l’Irak… et bien sûr l’exode et les souffrances qui ont accompagné ces changements de société….

C’est l’histoire d’une jeune femme Iranienne qui est arrivée en France à l’âge de dix ans avec sa famille, car ses parents, activistes politiques, sont menacés de mort par la police du Chah. Le livre décrit d’abord la vie à Téhéran au sein d’une large famille unie, puis l’exil, le choc culturel, la coupure totale avec la vie d’avant, la solitude, la « désorientalisation » progressive…. Il nous explique le déroulement des évènements, comment un mouvement d’intellectuels demandant plus de liberté a pu aboutir à une dictature religieuse. L’auteure décrit avec beaucoup d’humour la société persane, ses codes, ses excès, et parsème son récit d’observations tout aussi perspicaces sur les français, leur manière de tout critiquer de front, leur apparente froideur… Tout ceci en fait un récit captivant que je vous recommande de lire.. Si vous vous intéressez à ce livre, voici une excellente analyse : https://diacritik.com/2016/10/20/desorientale-de-negar-djavani-les-voix-iraniennes-francophones/

Fouché par Stefan Zweig – Janvier 2020

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Nous avons bien démarré l’année avec une excellente discussion sur Fouché, sinistre personnage si bien analysé par Stefan Zweig.

Prêtre de son état, Fouché profite de la révolution pour se hisser au pouvoir. Tribun du peuple, il devient très zélé et n’hésite pas à faire massacrer des milliers de gens afin de prouver qu’il est un bon révolutionnaire… Il devient même « communiste » comme dit Zweig, obligeant les riches à se départir de leurs biens, moquant le clergé et niant l’existence de Dieu. Rusé, il sait réunir des informations compromettantes sur chacun et n’hésite pas à les utiliser pour manipuler l’opinion et arriver à ses fins. Il sera instrumental dans la chute de Robespierre lors de la terreur, puis imposera lui-même une terreur psychologique lorsqu’il deviendra ministre de la police sous Napoléon.. Zweig dit : « Cette connaissance de tout et de chacun procure à Fouché une puissance unique sur les hommes que Balzac admirait ». Après l’abdication de Napoléon, il obtient la présidence du gouvernement provisoire devant Carnot (qui avait pourtant obtenu la majorité des voix), puis négocie avec les Bourbons pour leur céder le gouvernement qu’on lui a confié…. en échange d’un poste de ministre du roi ! Incroyable retournement quand l’on pense que Fouché avait voté pour envoyer Louis XVI à la guillotine pendant la révolution !

Fouché a été un politicien assoiffé de pouvoir qui n’a pas hésité à sacrifier les autres pour sauver sa peau et s’enrichir tout en ayant bien soin d’être toujours du côté des vainqueurs …. Stefan Zweig nous explique avec une précision presque scientifique la psychologie de ce personnage hors du commun, un très bon livre à lire absolument…

Si vous vous perdez un peu dans les méandres de la révolution, voici un film extraordinaire réalisé pour les deux cents ans de la révolution:

Première partie : les années lumière

https://www.youtube.com/watch?v=ZJsopmGu42M

 

Deuxième partie : Les années terribles

https://www.youtube.com/watch?v=h92Oqtmp8B8

Fils du feu de Guy Boley – Novembre 2019

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Nous avons émis des réserves au sujet du livre de Guy Boley « Fils du feu ». Les premiers chapitres nous ont en effet déconcertées, d’un lyrisme ennuyeux, avec des mots exprimant des images qui se succèdent et ne constituent aucun récit ….. Mais, surprise, après quelques chapitres le récit devient émouvant, prenant et plein de sensibilité… nous vous recommandons donc de lire ce livre jusqu’au bout, il en vaut vraiment la peine !

C’est l’histoire d’un enfant qui vit une vie assez monotone, éclairée seulement par le feu de la forge de son père et la poésie triste de la vie quotidienne.. Cette vie va être bouleversée par la mort de son petit frère à l’âge de cinq ans. Sa famille va alors éclater, son père va sombrer dans l’alcoolisme et sa mère dans la douce folie du déni. Nous comprenons à mi-mot qu’il va surmonter ces traumatismes et parvenir à sublimer sa vie en se consacrant à la peinture. L’auteur fait un parallèle entre les différentes couches d’une peinture et les périodes successives de sa vie, ce qui nous fait mieux apprécier le parcours des artistes en général. Les sentiments des personnages sont évoqués avec pudeur et nous participons à la tristesse et la souffrance de cette famille.

Il est intéressant de remarquer que l’auteur, Guy Boley, n’a commencé à écrire qu’à l’âge de 64 ans, et que ceci est son premier roman. Il a auparavant exercé plusieurs métiers manuels (maçon, ouvrier, chauffeur…) et artistiques (acrobate, cracheur de feu, funambule).  Il a reçu sept prix littéraires pour cette histoire plus ou moins autobiographique.

Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud Octobre 2019

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Le livre de Brigitte Giraud nous a beaucoup plu et nous a permis d’aborder le sujet de la guerre d’Algérie sous un nouvel angle, celui d’un jeune appelé qui devra donner deux ans et demie de sa vie pour « maintenir l’ordre » dans un pays totalement étranger pour lui. Il va découvrir que les « évènements d’Algérie» sont en fait une vraie guerre, et que toutes les horreurs qui en découlent vont changer à jamais sa vie. D’une écriture très sobre, l’histoire de ce jeune homme confronté à la souffrance physique et morale nous parle aussi d’une guerre qui suscite encore, après toutes ces années, beaucoup de controverses.

Berezina de Sylvain Tesson – Septembre 2019

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Nous avons tous aimé le livre, l’esprit d’aventure de Sylvain Tesson et son goût du « panache » : imaginer de refaire le trajet de la retraite de Russie en plein mois de décembre sur une vieille moto russe est en effet assez osé… Le sujet était très sombre : la débâcle de Napoléon avec des centaines de milliers de morts du côté français aussi bien que du côté russe, scènes atroces où les soldats meurent de faim et de froid… Nous nous sommes demandé comment Napoléon avait pu motiver ses troupes à le suivre dans une aventure aussi morbide.. Tesson s’est très bien documenté sur Napoléon et la retraite de Russie. Après avoir relu les rapports des généraux et les journaux de certains hommes de troupe, il nous fait le portrait d’un génie de la propagande, qui a su imposer ses visions grandioses par la force de ses convictions. Nous voyons aussi un Napoléon visionnaire, tyran épris d’égalité sociale, obsédé par le désir de réorganiser les institutions de la France selon les idées de la révolution…. Personnage complexe, difficile à aimer mais aussi à haïr… Livre d’une aventure vécue sur fond d’histoire, très intéressant…

 

Irène nous a envoyé ces documentaires d’Arte sur la Campagne de Russie :

naopoleon la campagne de russie – Bing video

 

https://www.bing.com/videos/search?q=naopoleon+la+campagne+de+russie&&view=detail&mid=D92F6C411A4C6B0065D0D92F6C411A4C6B0065D0&&FORM=VRDGAR

 

Voici aussi une liste intéressante des innovations que nous devons à l’empereur :

https://www.linternaute.com/actualite/histoire/1292590-napoleon-bonaparte-ces-lois-monuments-ou-innovations-que-l-on-doit-a-l-empereur/1294680-l-arc-de-triomphe

 

 

Pardonnable Impardonnable de Valérie Tong Cuong – Août 2019

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Un imbroglio familial digne d’une étude psychiatrique, l’histoire de cette famille qui éclate à l’occasion d’un accident de vélo nous a tenus en haleine jusqu’à la fin.. Nous avons tous reconnus certains profils comme la mère surprotectrice et possessive, le père trop ambitieux pour son enfant, la fille qui prend toutes les fautes des autres à son compte… Toutes les rancœurs, les non-dits, les peines se sont accumulés pendant des années et étouffent les personnages… Au fil des pages, nous démêlons ce rouage infernal où chaque personne est amenée à vivre une vie qu’elle n’a pas choisie. Au milieu, un enfant, innocent, va peut-être ramener l’espoir … Livre très intéressant…

Tous les matins du monde – Pascal Quignard – juillet 2019

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La lecture du livre de Pascal Quignard, « Tous les matins du monde » a permis de nous éclairer sur la vie du compositeur Marin Marais, qui a été musicien à la cour de Louis XIV. Ce brillant musicien n’a toutefois pas gagné les faveurs de son professeur Saint-Colombe, qui lui reprochait son manque de talent et son attrait pour les richesses de la cour…. Nous nous sommes donc replongés à l’époque de Louis XIV, des jansénistes et de la réforme pour expliquer l’attitude de Saint-Colombe, qui est janséniste, vit dans le plus grand dénuement et refuse tous les plaisirs terrestres. Il associe la musique à la parole qui nous manque pour exprimer l’inexprimable, et communique régulièrement avec sa femme défunte. Il faudra toute une vie à Marin Marais pour comprendre le message de son professeur. Nous avons tous aimé ce livre, et aussi le film qui a été tourné sous la direction de Pascal Quignard.

Le film est accessible sur Amazon Prime ou aussi sur ce lien : https://gloria.tv/video/G3WSK7GpuWV34f6KH1igtk8fq

L’envers et l’endroit d’Albert Camus – 4 juin 2019

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Très intéressante discussion ce matin au sujet du premier livre d’Albert Camus, L’envers et l’endroit, écrit à l’âge de vingt-deux ans.. Nous avons tous pensé que ce livre, dans lequel Camus ébauche déjà toutes les idées qui seront par la suite développées dans son œuvre, est en quelque sorte le brouillon de son tout dernier livre, Le premier homme, auquel il travaillait au moment de sa mort. Il y évoque bien sûr sa mère, sourde et illettrée, l’angoisse qu’une telle destinée a fait naître en lui, mais aussi son profond amour pour la vie, le soleil, la Méditerranée… C’est un livre qui, malgré son écriture parfois maladroite, est intéressant à lire en parallèle du Premier homme.